21 oct. 2026

Le poison du mensonge d’État

Quand la répression remplace le dialogue social, le pouvoir fragilise la démocratie et nourrit les forces qu’il prétend combattre.

Voilà dix ans que le pouvoir macroniste, qui a fait du service des ultra-riches son unique sacerdoce, maltraite le pays par sa stratégie de contention policière des revendications sociales. Non seulement cette furie répressive, qui entretient un dangereux climat de violence, ne produit plus les effets escomptés, mais elle expose désormais toute l’étendue du mensonge auquel recourt sans vergogne un gouvernement désavoué dans les urnes.

Ce qu’éclairent les révélations de nos confrères de Mediapart sur les consignes données à des instances policières pour désigner LFI et « l’ultragauche » comme responsables des nombreux incendies et pillages du week-end dernier, c’est, en vérité, un scandale d’État.

Des gilets jaunes, en 2018, aux manifestations à l’appel de l’intersyndicale contre la démolition du système de retraites par répartition, en 2023, une brutale doctrine de « maintien de l’ordre » a, seule, répondu à la contestation sociale. Au prix de milliers de blessés, d’éborgnés, de mutilés dans les rangs des manifestants, dont les souffrances ont été méthodiquement tues, effacées, enterrées – au point que la simple évocation des « violences policières » attire à quiconque ose prononcer ces mots les pires anathèmes.

Depuis le début du mouvement lycéen, un nouveau cap est franchi. D’emblée, les élèves qui osaient dénoncer le manque d’enseignants, la machine à tri social Parcoursup, le délabrement de leurs établissements où courent rats et cafards, et l’abandon de toute une génération, ont été désignés par l’exécutif comme des fauteurs de troubles impliqués dans des « violences urbaines ». Seule réponse à leur cri de révolte : la matraque, les gaz lacrymogènes, les grenades ” de désencerclement ” et un nombre ahurissant de gardes à vue.

La violence policière semant le désordre et attisant l’incendie sans éteindre la mobilisation, il fallait à l’Élysée et à la place Beauvau faire oublier coûte que coûte les 800 000 manifestants qui ont défilé le 17 octobre pour dire leur refus des politiques de destruction sociale et de saccage des services publics qui ont rendu la vie de tous invivable. D’où la fiction d’émeutes fomentées par LFI et « l’ultragauche », à l’heure du déploiement d’un état d’exception qui ne dit pas son nom.

Un tel cynisme a sur la démocratie l’effet d’un venin. Ces mensonges et ces mises en scène sordides, à six mois de l’élection présidentielle, ne profitent qu’à l’extrême droite. Le seul antidote à cette imposture : un mouvement plus ample encore, pacifique, organisé, capable de formuler des revendications claires, de dégager de nouveaux horizons. Pour extirper le pays de ces limbes où les profits de quelques-uns sont devenus la seule boussole, où le peuple est désigné comme un danger et les plus jeunes, des surnuméraires.

Rosa Moussaoui
Rédactrice en chef
L'Humanité


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