À l’approche des élections sénatoriales, plusieurs candidats du Rassemblement national présentent des parcours marqués par des engagements dans des mouvances radicales. Une enquête qui interroge la stratégie de dédiabolisation du parti et alerte sur la possible constitution d’un groupe d’extrême droite au Sénat.
Les grands électeurs qui s’apprêtent à glisser un bulletin dans l’urne sont-ils seulement au courant ? Parmi les candidats RN aux sénatoriales de ce week-end, nous retrouvons un certain Éric Miné. Un triste sire passé par des groupuscules ouvertement antisémites ou néonazis, comme la Fane (dissoute en 1987) et Ordre nouveau, un nostalgique patenté des colonies françaises et de la monarchie, révisionniste à ses heures.
Le RN peut difficilement plaider l’« erreur de casting ». Éric Miné grenouille dans les instances du parti depuis des décennies. Et a été placé en toute connaissance de cause à une place de choix – la seconde – sur la liste des Français établis hors de France. Surtout, en épluchant le pedigree des candidats d’extrême droite à cette élection centrale de la vie parlementaire, nous avons découvert au moins une douzaine de profils du même acabit. Soit près de 10 % des personnalités censées avoir été triées sur le volet par les instances dirigeantes… On n’est plus dans un cas isolé. On est dans un système.
Ce constat dit tout de la duplicité du RN. Face aux médias, le vernis de la respectabilité, la mine éplorée face à de prétendues « brebis galeuses ». En coulisse, la promotion réfléchie, assumée, de candidats qui portent l’ADN xénophobe et antirépublicain du parti à la flamme. Le RN n’a pas changé. Il a professionnalisé sa communication et sa stratégie de conquête du pouvoir. Mais il reste la maison mère de tous les racistes et nationalistes rêvant de chrétienté blanche, de virilisme moyenâgeux et de chasse à l’Islam. Des militants que le RN pousse, en toute discrétion, élection après élection, et qui finissent par miter l’ensemble des strates de notre système démocratique.
Cette fois, le risque est de voir, pour la première fois dans la Ve République, l’extrême droite constituer un groupe parlementaire au Sénat. Aussi, chaque grand électeur doit prendre conscience de sa lourde responsabilité. Et n’avoir aucune naïveté face à une formation politique qui avance masquée, certes, mais qui porte toujours autant la haine dans ses propres rangs.
Laurent Mouloud
Rédacteur en chef de l'Humanité