28 sept. 2026

Retrouver toute l'humanité du regard

Je n'avais pas compris certaines réactions de Delphine Horvilleu après le 7 octobre. Son questionnement d'aujourd'hui m'aide à mieux comprendre. Et à l'admirer davantage encore.

Depuis des années, je lis et j'écoute cette femme avec intérêt, parce qu'elle a une intelligence rare et une manière de penser qui refuse les cases et les simplifications. Sa parole m'a souvent aidé à comprendre des réalités complexes sans céder aux slogans.

C'est aussi pour cette raison que, après le 7 octobre, certaines de ses prises de position, ou peut-être certains de ses silences, m'ont laissé perplexe. J'avais du mal à retrouver chez elle cette attention à toutes les souffrances humaines que j'associais à son engagement. Sans jamais remettre en cause ce qu'a représenté le traumatisme du 7 octobre pour les Juifs du monde entier, je ne comprenais pas pourquoi la tragédie vécue par les Palestiniens semblait si peu présente dans ses mots.

C'est pourquoi je trouve son questionnement d'aujourd'hui particulièrement fort. Non pas parce qu'elle changerait de camp ou renierait ce qu'elle a dit auparavant, mais parce qu'elle accepte de se poser une question que peu de personnes osent se poser publiquement : ai-je vu tout ce qu'il y avait à voir ?

J'aime cette démarche parce qu'elle est profondément humaine. Elle ne cherche ni à se justifier ni à donner des leçons. Elle regarde son propre parcours avec honnêteté, elle accepte l'idée qu'on puisse avoir eu un angle mort, même quand on est animé des meilleures intentions.

Au fond, mon admiration pour Delphine Horvilleur est aujourd'hui intacte, peut-être même plus grande encore. Elle continue à faire ce qui devient de plus en plus rare : douter, réfléchir, écouter et remettre en question ses propres certitudes. C'est une preuve de liberté intellectuelle, mais aussi de courage.

Et c'est sans doute ce qui m'a toujours plu chez elle. Derrière la rabbine, l'écrivaine ou l'intellectuelle médiatique, je vois surtout une femme qui cherche sincèrement à rester fidèle à sa conscience, même lorsque cet exercice la conduit à revenir sur elle-même. Je trouve cela respectable. Et nécessaire.