Si notre époque est celle de « l'impossible neutralité », alors il faut prendre parti, mais en sachant pour quoi et au nom de quels principes. Le projet Condate apporte à cette question une réponse économique fondée sur la transmission des capacités humaines et productives plutôt que sur la seule accumulation des patrimoines.
L'éditorial « Impossible neutralité » de la revue Esprit défend l'idée qu'il existe des moments où la neutralité cesse d'être une position raisonnable pour devenir une manière de neutraliser le débat lui-même. Face aux défis climatiques, sociaux et démocratiques, l'enjeu n'est plus de prétendre s'extraire des choix collectifs, mais d'assumer les principes qui orientent l'action publique et les transformations de la société.
Le projet Condate s'inscrit pleinement dans cette problématique. Son point de départ est qu'aucune société ne prospère durablement grâce à l'accumulation de richesses, mais grâce à sa capacité à entretenir, renouveler et transmettre les flux de connaissances, de compétences, d'investissements et de coopération qui la font vivre. La véritable richesse réside dans les capacités humaines et productives qu'une génération reçoit, développe puis transmet à la suivante.
Une telle conception ne relève pas de la neutralité. Elle repose sur une affirmation fondamentale : toutes les formes de richesse ne contribuent pas de la même manière à l'avenir collectif. En donnant une place centrale à la qualification des personnes, à la transmission des savoirs, à l'investissement productif et à la responsabilité intergénérationnelle, Condate assume un choix de société. Il ne se contente pas de décrire le fonctionnement de l'économie ; il propose des institutions orientées vers un idéal de liberté, d'égalité et de fraternité, dont la coopération durable constitue l'expression économique concrète.
C'est dans cet esprit que le Salaire Universel reconnaît la valeur des capacités humaines indépendamment de leur valorisation immédiate sur un marché du travail, tandis que l'Excédent d'Exploitation Universel garantit le renouvellement continu des capacités productives. Ces mécanismes traduisent une conviction : la société doit investir en permanence dans ce qui la rend capable de produire, d'innover et de transmettre, plutôt que privilégier exclusivement l'accumulation patrimoniale.
Comme l'affirme l'éditorial d'Esprit, refuser la neutralité ne signifie pas abandonner l'esprit critique ou sombrer dans le dogmatisme. Au contraire, cela implique d'expliciter les valeurs qui fondent nos choix et de les soumettre en permanence à la délibération démocratique. Condate ne revendique donc pas une posture partisane mais une position assumée : celle d'une économie organisée autour de la transmission des capacités humaines et productives, de la démocratie économique et de la responsabilité envers les générations futures.
Ainsi, si la neutralité consiste à prétendre qu'il n'existe aucune hiérarchie entre spéculation et investissement, entre accumulation et transmission, entre rente et contribution, alors Condate ne saurait être neutre. Son ambition est au contraire de rendre ces choix visibles, de les discuter collectivement et de construire des institutions capables d'orienter les flux économiques vers une prospérité durable, partagée et démocratiquement gouvernée.