Héritée du Code civil de 1804, l’économie française reste structurée par un modèle napoléonien fondé sur la subordination du travail au capital et une intervention massive de l’État. Au fil des décennies, ce modèle s’est mué en un capitalisme sous perfusion publique, qui fragilise les travailleurs et creuse la dette. Face à cette impasse, le modèle Condate ouvre une brèche : sécuriser le revenu, libérer l’emploi et refonder la production sur le travail lui-même.
Une économie figée dans le Code Napoléon
Le modèle économique français repose sur une définition juridique simple : l’entreprise est une mise en commun de capitaux pour produire des profits. Cette définition n’est pas neutre. Elle organise un rapport de force. D’un côté, ceux qui possèdent. De l’autre, ceux qui travaillent.
John Stuart Mill écrivait déjà : « Les relations entre capital et travail ne sont pas fixées par la nature, mais par les institutions sociales. » Or ces institutions, en France, restent largement napoléoniennes. Dans ce cadre, le travail est un coût et le profit est un droit.
Depuis les années 1980 : un capitalisme sous assistance
À partir des années 1980, au nom de la compétitivité, l’État a massivement soutenu les entreprises : exonérations de cotisations, baisse de la fiscalité et subventions multiples.
L’économiste John Maynard Keynes rappelait pourtant : « Les difficultés ne résident pas tant dans les idées nouvelles que dans l’échappement des idées anciennes. »
Nous n’avons pas changé de modèle. Nous l’avons financé davantage. Résultat : les entreprises deviennent dépendantes des aides et les finances publiques se dégradent
Un modèle à bout de souffle
Les salariés restent soumis à une logique de subordination : salaires contenus, précarité accrue et intensification du travail. Et même les travailleurs indépendants n’y échappent pas. Comme le notait Pierre Bourdieu : « La précarité est aujourd’hui partout. »
L’autoentrepreneur incarne cette nouvelle figure sans sécurité, sans pouvoir et sans accès au profit
Dans le même temps, les recettes publiques diminuent et les dépenses augmentent, la dette explose. L’économiste Joseph Stiglitz résume ce paradoxe : « Quand les gains sont privés et les pertes publiques, le capitalisme ne fonctionne pas. » C’est exactement ce que produit aujourd’hui le modèle napoléonien transformé.
Le cœur du système reste pourtant invisible. L’emploi est donné par l’employeur. C’est lui qui ouvre ou ferme l’accès au revenu. Le chômage n’est donc pas une anomalie. Il est une conséquence logique.
Le modèle Condate : reprendre le pouvoir sur le travail
Le modèle Condate renverse cette logique. L’emploi n’est plus donné. Il est pris, c'est une nouvelle conception de l’emploi. Chaque personne choisit une activité productive, production de biens ou de services, formation (reconnue comme production de qualification), sur un temps de travail légal défini : 32 heures sur quatre jours par exemple.
Hannah Arendt écrivait : « Le travail ne doit pas seulement assurer la survie, mais donner un sens à l’existence. » Le modèle Condate redonne précisément ce sens. Le revenu est garanti à vie, dès 18 ans, selon la qualification, évolutif sur toute la carrière. Bernard Friot résume cette logique : « Le salaire n’est pas le prix du travail, c’est la reconnaissance d’une qualification. » Le travail est ainsi libéré de la contrainte de survie.
Une entreprise rééquilibrée
Le pouvoir est partagé entre société d’actionnaires et collectif de travail. Comme le soulignait Elinor Ostrom : « Les institutions efficaces sont celles où les acteurs participent aux décisions qui les concernent. » L’entreprise devient un lieu de coopération, et non de domination.
Le modèle Condate supprime les subventions, les exonérations et la dépendance à l’État, mais aussi les impôts sur la production et garantit 33% d'excédent d'exploitation à toutes les entreprises. L’économie repose sur sa propre production.
Deux visions irréconciliables
Le modèle Napoléon est devenu vivable dans la seconde moitié du 20ème siècle grâce à un fort mouvement social, très coûteux en vie humaine avec deux guerre mondiales, une révolution accaparée par un petit groupe d’apparatchiks et une forte volonté d’existence de la France Libre avec un combat militaire et une intense activité terroriste à l’intérieur, une forte volonté de « jours meilleurs ». Mais cet équilibre a été rompu par les « réformes » néolibérales du dernier quart de siècle. Il est temps d’en sortir.
L’économiste Amartya Sen écrivait : « Le développement est la liberté. » Le modèle Condate incarne cette idée : liberté de travailler, sécurité du revenu et pouvoir partagé.
Conclusion
Le modèle napoléonien a structuré l’économie moderne. Mais en cherchant à le préserver, nous l’avons transformé en système dépendant, inégalitaire et instable.
Face à lui, le modèle Condate propose autre chose : une économie fondée sur le travail vécu, et non sur l’emploi subi.
Au fond, la question est simple : qui doit décider de la production ? Le capital… ou les producteurs ?

