27 juin 2026

Une économie sous perfusion publique

Depuis plus de deux siècles, l’économie française s’inscrit dans un cadre hérité du Code civil de 1804. Ce cadre, que l’on peut qualifier de « modèle napoléonien », continue de structurer en profondeur notre organisation économique et sociale. Fondé sur une définition juridique de la société comme mise en commun de biens en vue de partager des bénéfices, ce modèle a façonné une économie centralisée, hiérarchisée et orientée vers le profit.

Tempéré par le mouvement social qu’il a généré dans les années 1950, il a subi des transformations, depuis le milieu des années 1980, qui ont profondément modifié son fonctionnement. Loin de disparaître, ce modèle s’est durci dans certains aspects, au point de fragiliser à la fois les travailleurs - salariés comme indépendants -et les finances publiques.

Un modèle napoléonien toujours dominant

Le modèle napoléonien repose sur trois piliers fondamentaux :

  • une séparation stricte entre travail et capital
  • une organisation hiérarchique de l’entreprise
  • un rôle structurant de l’État

Dans ce cadre, le travail est rémunéré par le salaire, considéré comme un coût de production, tandis que les bénéfices - ou excédents d’exploitation - reviennent aux détenteurs du capital. Cette distinction fonde une hiérarchie économique et sociale durable.

L’État, quant à lui, ne se contente pas d’arbitrer : il organise, encadre et soutient l’économie, ce qui explique la centralité des politiques publiques dans le fonctionnement du système.

Une pression croissante sur les travailleurs salariés

Dans ce modèle, les salariés occupent une position structurellement subordonnée. Leur rémunération est découplée des performances réelles de l’entreprise, sauf à la marge (primes, intéressement).

Depuis les années 1980, plusieurs évolutions ont aggravé cette situation.

1. La modération salariale

Pour renforcer la compétitivité des entreprises : les salaires ont été contenus et le partage de la valeur ajoutée s’est déplacé vers le capital. Résultat, une pression accrue sur le pouvoir d’achat des salariés.

2. La flexibilisation du travail

Le travail devient plus instable, plus contraint, plus dépendant avec une montée des contrats précaires le développement du temps partiel subi et intensification du travail.

3. Le travail réduit à un coût

Dans la logique napoléonienne , le travail reste un facteur de production à optimiser et cela conduit à des externalisations, une automatisation et la recherche permanente de productivité. Le salarié est donc souvent perçu comme une variable d’ajustement.

Les autoentrepreneurs : une fausse autonomie

Le modèle napoléonien s’étend aujourd’hui aux indépendants, notamment via le statut d’autoentrepreneur, en apparence : autonomie, liberté et souplesse. Mais dans les faits, les autoentrepreneurs subissent une absence de protection sociale forte, une dépendance économique à quelques donneurs d’ordre  et des revenus instables.

L’autoentrepreneur supporte le risque économique, sans bénéficier des protections du salariat, ni des profits du capital. Il est donc dans une position doublement fragile

Les transformations structurelles depuis les années 1980

À partir du milieu des années 1980, plusieurs choix politiques ont profondément modifié l’économie française.

1. Baisse du coût du travail

Pour soutenir la compétitivité tous les gouvernements depuis le dernier quart du 20ème siècle ont renforcé les exonérations de cotisations sociales et les allègements massifs sur les bas salaires. Cela a produit un transfert du financement de la protection sociale vers l’État.

2. Réduction de la fiscalité sur les entreprises

Ce mouvement a été accompagné d’une réduction de la fiscalité sur les entreprises avec une baisse de l’impôt sur les sociétés, l’apparition de niches fiscales et la mise en place de dispositifs incitatifs. L’objectif d’attirer les investissements a eu pour effet l’affaiblissement des recettes publiques.

3. Multiplication des subventions

Et une multiplication des subvention a achevé de gonfler de façon inconsidérée le poids de l’Etat avec des aides sectorielles, un soutien à l’innovation et des politiques industrielles avec pour effet une dépendance croissante des entreprises à l’argent public

Une économie sous dépendance des aides publiques

Ces politiques ont progressivement transformé le modèle économique. Les entreprises intègrent les aides dans leur modèle économique et adaptent leurs stratégies aux dispositifs publics.

On passe d’une économie de marché à une économie hybride, soutenue en permanence par l’État.

Le coût : une explosion de la dette publique.

Ce système a un effet mécanique sur les finances publiques amoindrissant les recettes (baisse des impôts, exonérations) et multipliant les dépenses (aides, subventions et compensation des exonérations). Le résultat en est un déséquilibre budgétaire structurel qui se traduit par un recours massif à l’endettement et une dette publique en forte croissance.

L’État devient le financeur en dernier ressort du système économique.

Le modèle Napoléon a accouché d’un système déséquilibré

Ce modèle napoléonien transformé produit un triple déséquilibre : les salariés sont mis sous pression et les indépendants sont fragilisés ; les entreprises deviennent dépendantes des aides et disposent d’une faible autonomie réelle et les finances publiques dégradées, la dette subit une forte hausse.

Le paradoxe est frappant : un modèle conçu pour organiser le capitalisme qui aboutit à une économie dépendante de l’État, un système qui valorise le profit,  mais qui fragilise ceux qui produisent la richesse

Conclusion

Le modèle napoléonien reste au cœur de l’économie française, mais il a profondément évolué depuis les années 1980. En privilégiant le soutien aux entreprises par des baisses de prélèvements et des aides publiques, l’État a contribué à transformer ce modèle en un système de dépendance financière. Ce choix a un coût :  il pèse sur les finances publiques, creuse la dette et accentue les inégalités entre le capital et le travail.

Dès lors, une question centrale s’impose : peut-on continuer à financer un modèle où les profits sont privés, mais les risques largement socialisés ?

NON, et voilà comment redresser la situation.