13 août 2026

Mélenchon a raison de poser les mauvaises questions.

La principale faiblesse de la brochure « Comment faire ? » n'est pas son rejet partiel des références traditionnelles du mouvement ouvrier. C'est son incapacité à proposer une architecture économique cohérente pour remplacer ce qu'elle critique.

Depuis plusieurs années, Jean-Luc Mélenchon explique que la contradiction principale n'oppose plus bourgeoisie et prolétariat mais peuple et oligarchie. Admettons provisoirement cette hypothèse. Une question demeure : quels sont les mécanismes institutionnels capables de réduire durablement le pouvoir de cette oligarchie ?

Or c'est précisément sur ce sujet que le texte apparaît le plus faible.

Une critique sans théorie de l'entreprise

La brochure multiplie les critiques du capitalisme financier, des fonds d'investissement et de la mondialisation financière. Mais elle n'explique jamais comment doit être gouvernée l'entreprise moderne. Qui possède l'entreprise ? Qui décide ? Comment sont répartis les bénéfices ? Comment évolue le pouvoir des travailleurs à mesure qu'ils contribuent à la création de richesse ? Sur toutes ces questions essentielles, le texte demeure étonnamment silencieux.

Pourtant, la démocratie politique ne peut rester durablement séparée de la démocratie économique. La concentration du pouvoir économique produit mécaniquement une concentration du pouvoir politique. Critiquer l'oligarchie ne suffit pas. Encore faut-il construire les institutions qui empêchent sa reconstitution.

Une vision insuffisante de la propriété

Le document décrit correctement certaines transformations du capitalisme contemporain : financiarisation, mondialisation, plateformes numériques. Mais il semble en tirer une conclusion discutable : puisque les formes de propriété ont changé, la question de la propriété perdrait de son importance.

C'est l'inverse qui paraît vrai. Le problème du 21ème siècle n'est pas la disparition de la propriété. C'est sa concentration croissante. BlackRock n'est pas la fin de la propriété du capital ; c'en est une forme particulièrement concentrée.

La question centrale reste donc : comment équilibrer le pouvoir du capital par celui du travail ?

Une politique sans architecture économique

Le texte insiste sur le peuple, l'écologie, les biens communs, les mobilisations citoyennes. Tout cela est important.

Mais une société ne fonctionne pas uniquement grâce à des mobilisations. Elle repose aussi sur des règles stables concernant : les revenus, la qualification, la propriété, l'investissement, la fiscalité, le financement des services publics.

C'est précisément l'absence de cette architecture qui affaiblit le document. Une théorie politique sans théorie économique finit toujours par dépendre des structures économiques existantes.

L'oubli de la démocratie économique

La question essentielle du 21ème siècle n'est peut-être ni celle du peuple ni celle de la classe. Elle est celle de la répartition du pouvoir. Pourquoi ceux qui apportent le capital disposeraient-ils seuls du pouvoir dans l'entreprise alors que la richesse est produite conjointement par le capital et le travail ? 

La brochure ne répond pas à cette question. Elle remplace l'analyse des institutions par une mobilisation politique permanente. Or une société libre suppose des contre-pouvoirs institutionnels durables, pas uniquement des mouvements.

Une critique juste, mais incomplète

La brochure identifie correctement certaines impasses du capitalisme contemporain : financiarisation excessive, concentration du pouvoir économique, crise écologique, affaiblissement des formes traditionnelles de représentation.

  • Mais elle reste largement au niveau du diagnostic. Elle décrit l'oligarchie sans expliquer comment empêcher sa reconstitution.
  • Elle parle du peuple sans définir son rôle économique.
  • Elle critique la domination sans proposer de mécanismes institutionnels durables pour la réduire.

En ce sens, la faiblesse fondamentale du texte n'est pas son éloignement du marxisme classique. Sa faiblesse est d'être davantage une théorie de la mobilisation qu'une théorie de l'organisation économique de long terme. Or une démocratie politique ne peut survivre durablement sans démocratie économique. C'est précisément sur ce terrain que la brochure laisse le lecteur sur sa faim.