7 juin 2018

En guerre

Il faut que le militant soit un héros pour qu'il obtienne un minimum de reconnaissance du travail et parvienne à empêcher la criminalisation de sa lutte. Mais d'où vient la force des employeurs dans cette guerre? C'est l'usurpation du capital généré par le travail au profit du capital de la société d'actionnaires.

Laurent calcule la valeur que représente ce qu'ont donné les salariés de l'entreprise contre la promesse de garder leur emploi pendant cinq ans. Non seulement les employeurs ne tiennent pas cette promesse, mais ils ne tiennent aucun compte de l’investissement des salariés pour le dédommagement qu'ils proposent pour la fermeture de l'usine décidée deux ans seulement après la signature de l'accord.


L'usine de Laurent est victime du marché, lequel? Deux marchés se superposent dans l'économie financière: le marché de la vie réelle, celui que connaissent les salariés, et le marché des entreprises, celui dont parlent les employeurs. Les investisseurs, en achetant simplement le capital social (en moyenne, moins d'un tiers des ressources) se retrouve propriétaires de toutes les ressources de l'entreprise; là est l'usurpation.

Le travail investit dans l'entreprise en produisant la valeur ajoutée: il répare les actifs (amortissements), il rembourse les dettes auprès des banques qui ont avancé ce qu'elles pensaient raisonnable d'attendre d'un certain nombre d'exercices, il produit un résultat susceptible de conforter les ressources de l'entreprise, concurremment à la fourniture des dividendes et des primes des salariés pour gratifier les fonctions particulières (responsabilité, pénibilité) et l'engagement des salariés.

Laurent et ses camarades s'étonnent du fait qu'on ferme leur usine alors qu'elle fait des bénéfices. Leurs employeurs la ferme parce qu'elle ne produit pas le rendement qui permettrait au groupe d'attirer les investisseurs sur le marché des entreprises. Leurs larmes sur le sort des salariés de l'usine sont des larmes de crocodiles. Si les salariés se limitent au marché de la vie réelle, leur combat est voué à l'échec. Ils doivent porter le combat sur le marché transcendant (celui des entreprises et contester la portée de la propriété privée sur l'entreprise.

Revendiquer sur la répartition de la valeur ajoutée condamne le mouvement social à l'échec: la majorité des salariés ont trop à perdre et ont l'intelligence de l'utilité du profit pour l'avenir. Il faut mobiliser les salariés dans la lutte contre l'usurpation par le capital des ressources de l'entreprise. La constitution protège la propriété de la société d'actionnaires dans les ressources de l'entreprise, mais aussi celle des salariés sur les capitaux qu'ils apportent au fil des exercices.