25 avr. 2020

Maxime Cochard - Nous n'avons pas besoin des riches

35 ans, diplômé de Sciences Po Bordeaux, Maxime Cochard est militant politique et engagé dans la vie locale parisienne.
Conçu comme un outil pédagogique autant que politique et soutenu par une plume alerte, il démonte point par point les mensonges des libéraux sur les vertus des riches et des inégalités...

Nous n'avons pas besoin des riches est un essai qui s’attache à déconstruire les idées reçues qui font office de vérités universelles et dont Macron a fait la colonne vertébrale de son programme et de son action.

"Il y aura toujours des riches et des pauvres!"
"Il n'y a pas toujours eu des riches. Un milliard d'Êtres humains sont sortis de la grande pauvreté (1,90€ par jour et par personne) en trente ans selon la Banque Mondiale. Les grandes fortunes ont fondu comme neige au soleil après les deux guerres mondiales pour le bénéfice de la croissance économique et de la cohésion sociale. Mais aujourd'hui, la vapeur est inversée et le fossé entre pauvres et riches est plus béant que jamais. Or, l'histoire de l'Humanité est d'abord celle d'une grande bataille pour la réduction des inégalités dans bon nombre de domaines (alphabétisation, accès à la santé, égalité des droits, etc.). A chaque fois, ces combats ont été menés contre les immobilistes qui jurent que rien ne pourra changer. A nous d’accélérer!"
"Les riches font ruisseler leur argent!"
"La théorie du ruissellement n'existe pas en tant que tel: aucun économiste n'a pu prouver que l'enrichissement des riches profitait à toute la société. Les études du FMI et de l'OCDE démontrent même la contraire, statistiques à l'appui. Pourtant, les libéraux utilisent très fréquemment ce raisonnement,tout en récusant l'expression "théorie du ruissellement". Ils sont dès lors contraints d'utiliser des synonymes: le "théorème de Schmidt", les "premiers de cordée", les politiques de l'offre"... Sachons débusquer ces manipulations sémantiques!"
"En France, on déteste la réussite!"
"L'idée que les Français détesteraient la réussite est un stéréotype utilisé par les dominants,qui nous opposent aux Anglo-saxons qui seraient plus ouverts au libéralisme. Ces "culturalismes" (imputer un trait de caractère ou d'opinion à l'ensemble d'un groupe culturel) sont des amalgames invalidés par les sciences sociales. Ils permettent en fait à la classe dirigeante française de se victimiser et de discréditer ses adversaires.Dans bien d'autres pays, les dominants utilisent le même stéréotype à l'encontre de leur population. Ne cédons pas un pouce sur ce terrain-là: l'aspiration à lutter contre les inégalités est universelle!"
"Les riches sont talentueux, ils inventent, ils innovent!"
"Les riches ne sont pas spécialement "plus inventifs" ou "plus talentueux" que les citoyens ordinaires. On trouve des comportements d'innovation dans toutes les strates de la société. A l'inverse, bon nombre de privilégiés - la majorité d'après les statistiques - n'ont fait qu'hériter de leur fortune sans l'avoir créée. Contrairement à ce qu'affirment les libéraux, l'innovation est le plus souvent un processus collectif, permis notamment par l'existence d'infrastructures publiques solides. Elle est motivée par bien d'autres perspectives que le seul appât du gain. Nos luttes contre les inégalités peuvent s'avérer bien plus créatives et innovantes que leur business!"
"Les riches créent de l'emploi et consomment davantage!"
"Il n'existe aucune preuve économique que l'existence de grandes fortunes profite à l'emploi. De fait, l'explosion du nombre d'ultra-riches dans les dernières décennies a été contemporaine d'une montée du chômage. Ce n'est pas parce que certains propriétaires de grands groupes emploient des milliers de salariés que la richesse est créatrice d'emplois. Cela prouve plutôt que c'est le travail des salariés qui crée les richesses. Le moteur de la création d'emploi se situe davantage dans l'existence d'une demande qui remplit les carnets de commandes des entreprises que dans la générosité ou la témérité de l'employeur... De plus, les riches consomment moins que les ménages ordinaires relativement à leur revenu.Nous pouvons tenir ferme: il est plus utile pour l'économie d'augmenter les revenus des personnes modeste plutôt que de celles du haut de l'échelle!"
"Les riches ont travaillé dur pour réussir"
"Non, les riches n'ont pas travaillé "plus dur" que les autres pour réussir. Nombre de salariés au SMIC occupent des emplois aux conditions de travail plus difficiles, mettant en jeu leur santé et celle de leurs collègues avec des horaires lourds, décalés et fractionnés. La détention d'une grande fortune n'est pas intrinsèquement corrélée à un mérite particulier. Nombreux (70 % du patrimoine en France provient de l’héritage) sont ceux qui se sont simplement "donné la peine de naître" et d'empocher l'héritage... De plus, les super-salaires des grands patrons n'ont pas de justification économique rationnelle. Ils occupent des fonctions socialement valorisées et sont entourés d'équipes qui travaillent à leur service. Stop aux intox: les privilégiés travaillent moins et sont davantage protégés que les salariés ordinaires!"
"En France, les riches sont assommés d'impôts!"
"Derrière les jérémiades, voici les faits: les riches paient moins d'impôts que les plus modestes relativement à leurs revenus. Le système fiscal français n'est pas un fardeau pour les grandes fortunes, qui ont d'ailleurs considérablement augmenté du temps où l'ISF et d'autres prélèvements sur le capital existaient encore. En réalité, l'impôt sur le revenu français a le rendement le plus faible de toute l'Union européenne par rapport à la richesse nationale. Quant à l'impôt sur les sociétés française, il est lui aussi plus faible que la moyenne des pays de l'OCDE. En revanche, notre système de prélèvements obligatoires - que Macron veut détricoter - permet de lutter relativement efficacement contre les inégalités. Qu'on se le dise, rien ne s'oppose à imposer davantage les fortunes et les entreprises!"
"Si on augmente les impôts des riches ils vont partir!"
"Il n'existe pas de fuite massive des riches hors de France. Notre pays est au contraire un eldorado pour les milliardaires... A point que certains d'entre eux le considèrent carrément comme un paradis fiscal. L'exil fiscal a bien d'autres causes que le niveau d'imposition sur la fortune ou sur les entreprises. Ainsi, le Danemark et la Norvège ont beau avoir des taux d'imposition parmi les plus élevés du monde, le niveau de richesses offshores (placées dans les paradis fiscaux) y est faible. Conclusion: le chantage à l'exil fiscal repose sur du sable, taxer les riches est possible!"
"Prendre aux riches ça ne marche pas et ça n'a jamais marché!"
"Oui, l'impôt, ça marche. La preuve: les Etats-Unis ont appliqué un taux marginal sur l'impôt sur le revenu allant jusqu'à 94%! De fait, après-guerre, les premières puissances économiques mondiales se sont construites grâce à de forts taux d'imposition, notamment pour les plus riches, permettant une politique fiscale redistributive et la constitution de services publics puissants. N'en déplaise aux libéraux, pour financer le développement et la croissance, l'outil fiscal, qui alimente l'outil budgétaire, est indispensable. Battons-nous pour plus d'impôts sur les plus riches!"
"Si on prend aux riches, c'est de la haine et de la jalousie!"
"Ni haine, ni jalousie, ni punition, ni populisme: la volonté de s'attaquer aux inégalités est rationnelle et morale. A l'inverse, réduire la revendication d'une répartition plus juste des richesses à de la jalousie et une manœuvre idéologique de psychologisation des rapports sociaux et une marque de mépris de classe. Rien de plus noble que l'aspiration à la justice!"
"Les riches sont généreux!"
"La générosité des plus riches, contestable au regard de leurs efforts à payer le moins d'impôt possible, est le plus souvent une stratégie visant à améliorer leur image, à défiscaliser et à renforcer leur influence. Ils ont fait de leur (prétendue) philanthropie une véritable industrie lucrative. Encore une vertu attribuée aux nantis qui ne résiste pas à l'examen... La véritable générosité n'est-elle pas du côté de ceux qui donnent sans bruit ni contrepartie?"
"Les riches dirigent le monde!"
"Ils ont des milliards, mais nous sommes des milliards... Et nous avons plus de pouvoir que nous ne le pensons. L'histoire est riche de combats remportés contre les inégalités. Il nous appartient de rassembler le plus largement possible pour aller tambour battant vers de nouvelles victoires!"
Arcane 17 2020

Il faut lire le livre, que vous soyez contre ce discours où que vous y adhériez. C'est un efficace argumentaire qui conforte une vision progressiste de l'humanité pour comprendre combien notre histoire va durer longtemps. Il y a de quoi faire!

Le corps du livre est intéressant, mais la conclusion constitue un véritable programme de réformes dont la gauche devrait se saisir: réformes fiscales, cotisations sociales, droit du travail et sécurité sociale, un service public capable de faire de l'Etat un Etat développeur et réforme de l'entreprise pour la rendre objet de démocratie sociale où la parole des salariés compte.

Juste une réserve: je ne pense pas que les salariés acquièrent un véritable droit à la parole en s'invitant au conseil d'administration. Le conseil d'administration est l'objet de conduite de la société d'actionnaires. Pour mettre en place la démocratie sociale au sein de l'entreprise, il faut donner un statut à l'entreprise qui soit différent de celui de la société d'actionnaires et qui reconnaisse la propriété d'usage du collectif de travail sur les ressources.